Le 14 juillet 1790, à midi, immédiatement après la
messe basse dite par le curé, tous les citoyens de la commune sont réunis
sans exception dans l'église. Tous prêtent leur " serment civique
d'être fidelle à la nation, à la loy et au Roy, comme tous les bons
François onts dues le faire par tout le Royaume, par une proclamation du
Roy du 28 may dernier pour tenir une fédération générale ". Tous
crient, " Vive la loy, vive le Roy ". Même Monsieur de Courcenay
seigneur de Cornou est venu. Guéneau entonne une Te Deum que " le
clergé a continué, en action de grâce de l'heureuse constitution ".
Le 20 janvier 1791, notre brave curé adresse une déclaration écrite au
maire. Ce dernier, le sieur Oudin, informe alors le conseil général de la
commune du désir de Guéneau. Le texte est écrit par le sieur Etienne
Hubert nouveau greffier, remplaçant de Louis Joseph Huguenin ...
démissionné.
"François Guéneau, curé de la paroisse de Nargis, cidevant diocèse de
Sens, déclare par écrit que son intention est de prêter son serment
civique dimmanche prochain à l'issue de la messe paroissialle, de
convention avec Monsieur Claude Houdin maire, en présence du conseil
général de la commune en s'annonçant, vrai et frans patriote, ami de la
constitution; qu'en conséquence il demande acte de sa déclaration pour lui
servire et valoir ce que de raison".
Le 23 janvier 1791, à l'issue de la messe paroissiale, pour se conformer
au décret de l'Assemblée Nationale concernant le serment civique prononcé
par les religieux et ecclésiastiques " notre curé a prêté publiquement
son serment avec autant de force d'énérgie que de courage, au contentement
de toute la paroisse. En conséquence nous lui en avons donné acte pour
servir et valoir ce que de raison et en même tems pour lui témoigner notre
satisfaction comme étant un bon citoyen et vrai patriotte".
Les avis de Guéneau sont demandés et accueillis avec déférence. Il ne faut
point s'étonner de voir le curé de Nargis, à l'instigation de la
municipalité, prononcer du haut de la chaire l'éloge funèbre du puissant
orateur que la France vient de perdre.
Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, né au château du Bignon en
1749, vient de mourir ce 2 avril à l'âge de 42 ans. Le deuil durera huit
jours.
"La douleur", dit Michelet " fut immense, universelle. Tous les
partis, écrit Monsieur Thiers, espéraient en lui, et tous furent frappés
de douleur".
A l'exemple de Paris qui avait rendu au grand tribun les honneurs de
magnifiques funérailles, ses partisans dans les provinces organisèrent, en
signe de deuil, des cérémonies publiques et religieuses sur tout le
territoire. Les amis que François Guéneau comptait à Nargis, cédant à
l'entraînement général, sollicitent son concours afin de donner à leurs
regrets, la solennelle consécration du culte. Le greffier de la commune
rédige alors le procès-verbal de cette mémorable journée.
" L'an mil sept cent quatre vingt onze, le dix avril
pendant les vêpres chantées en l'église paroissialle de Saint Germain de
Nargis, Monsieur François Guéneau, notre curé est monté en chaire, et
après avoir donné des preuves du patriotisme le plus pure, nous a prononcé
un discour vraimant touchant, analogue à la mort de l'illustre Mirabeau,
notre deffenseur, notre appui, notre père.
Nous avons donc arrêté de concert avec notre-dit sieur curé, que tous les
traveaux cesseroit demain, onze du courant, pendant la matinée, afin de
pouvoir assister au service solennel qui sera chanté dans notre dite
église, pour le repos de l'âme de ce grand homme si regretté.
Nous avons en conséquance également invité la commune et la garde
nationale sous les ordres de son commandant le sieur Monnay contrôleur du
canal, distingué par son patriotisme, de se rendre dans la dite église à
l'heure de onze pour réunir nos prières à celle de notre pasteur, et
offrir à l'Eternel le saint sacrifice avec le prêtre en l'honneur et
gloire d'Honoré Riqueti Mirabeau, notre protecteur si digne de nos pleurs,
de notre vénération et de nos regrets.
Avons arrêté en outre que le discour prononcé par notre dit sieur curé
seroit annexé au présent procès-verbal pour être envoyé à l'auguste
assemblée sous l'adresse de son président.
Nous sommes convenus de plus, qu'à l'issue du service solennel, nous
renouvellerons tous d'une voix unanime le serment que nous avons déjà
proféré, en jurant aux pieds de la représentation du défunt que nous
continurons d'être disposés à verser notre sang pour soutenir, en nous
déclarant pour toujours les ennemis de l'aristocratie ".
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