" Messieurs

Votre lettre du 13 nous surprend infiniment on vous en à imposé en vous disant que nous nous étions oubliés au point d'aller faire une perquisition accompagné de beaucoup d'autres citoyens de notre paroisse dans l'abitation de Mr et Mme de Courcenay, la veille de son départ qui à eut lieu au commancement de ce mois .
Comme il importe absolument à Notre honneur et à notre réputation de prouver la fausseté d'une exposé aussi imfame et aussi vil que des auteurs, nous vous prions instament Messieus de nous dénoncer ces lâches calomniateurs pour les traduire aussitôt en justice et le faire condamner à une réparation authentique.
Vos sentimens nous sont connus et nous sommes convincu qu'il sont trop juste et trop honète. Le refuser à une demande faite par des citoyens qui depuis leurs existences ont regardé comme devoir le plus saine celui de respecter les loix et dont on connoisser les moeurs pour les croire incapables de l'attentas dont ils sont accusé .
Non Messieurs l'azile de M. de Courcenay n'a point été violé. Personnes dans la paroisse n'est coupable d'un telle crime . Nous en prenons à témoins les braves citoyens qui habitent depuis plus de trente ans dans notre paroisse; aucun d'eux n'a eu à se plaindre de la conduite de nos concitoyens. Nous avons joui jusqu'à ce jour de la paix . La parfaite union qui règne parmi nous à toujours fait notre bonheure et nous espérons que vous seroient nos deffenceurs en cas qu'on voulus porter quelque atteinte ".


Une seconde lettre est écrite ce même jour. Est-elle destinée au district de Montargis ? Rien ne permet de l'affirmer.

" De Nargis le 19 janvier 1792

Messieurs

Il est fort étonnant qu'après avoir remis depuis plus de trois semaines à Mr et à Mme de Courcenay leurs certificats de résidence dans notre paroisse nous recevions encore des mercuriales non méritées pour cette objet .

Nous eûmes l'honneur de vous déduire dans le tems les raisons qui nous faisoient hésiter et vous avez parus les goûter enfin ce fût le 28 Xbre dernier que nous nous transportâme au Directoire du District pour vous demander vos avis, ce sur le conseille vous voulutes bien nous donner, les certificats dont [ il] est question furent signés le landemain dans l'après midi.
Nous sommons Monsieur et Madame de Courcenay de démentire notre agrestion. Les plaintes qui vous ont été faites ne sont ni faites ni bien fondées. Nous connoissons trop les devoir que la Loi nous impose pour Jamais nous en éloigner .
Nous n'estimons pas avoir abuzé de la portion d'autorité qu'elle nous a confiée, pour avoir voulu, auparavant d'abandonner les deux certificats de résidence, nous assurer si Monsieur de Courcenay que nous n'avons pas vu depuis 8 mois étoit réellement en sa maison de Cornou, enfin Mrs nous osons espérer d'après l'esposé que nous vous réitérons que vous ne blamerez pas d'avantage la conduite que nous avons tenue et que vous ne rendrez plus de justice à d'honêtes citoyens qui ne désire que la paix et qui sont ennemis de toutes espèces de querelles".


Quelle suite a été donnée par le directoire du district de Montargis ? Rien n'a été trouvé ce jour. Toutefois, il s'est certainement passé quelque chose ; le maire dit avoir remis depuis plus de trois semaines les certificats de résidence à Monsieur et Madame de Courcenay. Cela s'est passé le 29 décembre 1791 et quelques instants après il affirme ne pas avoir vu le sieur de Cornou depuis huit mois. Il est possible que le maire ce soit déplacé à Cornou pour remettre ces certificats et qu'il ait voulu vérifier en pénétrant chez les Courcenay leur réelle présence. Les plaignants pourraient être les Courcenay eux-mêmes.

Comme toujours à Nargis, pas ou peu de rancune ! le 14 pluviôse an deux (1) la citoyenne Antoinette Delphine Busseuil, séparée de biens d'Antoine Hilaire Guillemain Courcenay, obtient en la maison commune, de Miguet, maire, en présence de Billard, agent national, son jugement de divorce. Cela fait suite à l'état d'abandon dans lequel le sieur Courcenay a laissé sa femme depuis deux ans. Sommé à son dernier domicile connu, Cornou, de se rendre en la maison commune, absent à la suite de cette injonction, le divorce est prononcé en son absence.
Cet abandon durait depuis deux ans c'est-à-dire depuis février-mars 1791. Miguet avait fait son incursion à Cornou fin 1791, début 1792. Il avait certainement eu connaissance de la fuite du propriétaire de Cornou et voulait s'assurer ainsi de son départ intempestif.
 

La place du bourg de Nargis vers 1900


(1) Entre le 1er janvier et le 21 septembre 1793, les documents ont été datés de l'an II, alors que d'après le calendrier décrété le 5 octobre suivant, ils appartiennent à l'an Ier .