A partir de 1881, des bataillons scolaires sont créés,
fournissant aux élèves, dans le cadre de l'école, "une certaine
instruction militaire". Des quantités de couplets dûment imprimés
fleurissent, visant à imprégner des vertus du service militaire, les
enfants de petite classe.
C'est là, une façon de faire entrer dans les esprits et dans les moeurs,
la conception du "service militaire personnel" en remplacement de
"l'armée de carrière ".
Ces bataillons scolaires ont fonctionné de 1881 à 1892; la guerre était
représentée comme l'aboutissement logique de l'entraînement militaire de
l'école(1).
A partir de 1883 voit s'instituer dans l'école de Nargis cette formation
militaire. Le 9 août 1883, Monsieur Gassoin "instructeur militaire de
la compagnie scolaire de Nargis " reçoit 20 francs à titre de
récompense.
" Chacun doit savoir dès son enfance, qu'il se doit à la défense de son
pays; il faut qu'il s'y prépare et qu'il n'imagine pas pouvoir se
soustraire à la part du fardeau qui lui revient".
En cette fin de siècle, l'enseignement se poursuit paisiblement. Toutefois
la loi relative à la laïcisation du corps enseignant fait monter le
tension au sein de la commune. Si les garçons bénéficiaient d'un
enseignement émanant de maîtres d'école laïques, l'éducation des filles
était assurée et bien assurée semble t il par des religieuses.
Le 15 septembre 1884, la supérieure des soeurs de Notre Dame de la
Providence adresse un "ultimatum " à Louis Oudin fils, maire de
Nargis.
" J'ai l'honneur de vous informer que je vais rappeler dans quelques
jours les soeurs de Nargis. Leur situation, vous le savez, n'est plus
tolérable.
J'espère que leur traitement qui leur est retenu depuis si longtemps leur
sera payé, car votre justice et la droiture de votre conseil ne vous
permettraient pas de voir avec indifférence des institutrices fidèles à
leur devoir, privées d'une rétribution qui leur est justement due ".
Le 27 septembre 1884, après avoir procédé au récolement des 994 livres
scolaires, les soeurs et leur directrice Anatolie Tailleur quittent
définitivement Nargis. Le conseil, réuni le 29, opte pour une institutrice
laïque. La loi Jules Ferry, ne leur accordait, il est vrai, plus guère
d'autre choix.
C'est Madame Menneron suivie de Mademoiselle Corneau qui remplaceront les
soeurs comme institutrices. Marie Stéphanie Chevillote arrive en 1891 et
se fera remarquer par son caractère et sa "bigoterie" sans réserve(2).
Comme institutrice laïque, elle se fait remarquer par l'inspecteur
primaire. Alors que ce dernier fait sa tournée d'inspection, il observe
avec stupéfaction, qu'elle impose à ses élèves la prière du matin.
L'inspecteur lui en fait la remarque ce qui a le don de déplaire à Marie
Chevillote.
Elle quitte la classe.... par la fenêtre et crie à qui veut l'entendre:
"Puisqu'il n'y a pas de prière, il n'y aura pas d'école".
Il semble qu'elle ait gagné, puisqu'elle reste à Nargis jusqu'à la fin du
siècle.
Comme "bigote" elle se fait également remarquer par le curé
Schoenacher homme de caractère et de rigueur qui n'admet pas qu'elle soit
continuellement en retard à la messe. Ici également, il semble qu'elle ait
eu le dernier mot.
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