Le texte s'arrête ainsi. Rien dans les documents écrits de l'époque ne laisse deviner l'identité de ce quidam, ni prévoir l'avenir de cette tribune. Une chose est certaine; l'église n'a plus cet ouvrage seigneurial, pas plus que de traces des armoiries du seigneur de Toury.


La suite de cette affaire existe. Elle n'a pas pour origine une plainte contre les agissements du quidam, mais une plainte du maire. Le mardi 17 juillet 1792, un jugement fut rendu par le tribunal du district de Montargis en la personne de son président le sieur Gaillard, boulanger, "contre le Sieur Charles Louis Portelance ci-devant seigneur de fief dans la paroisse de Nargis(1)" .

Le sieur Miguet, alors maire de la municipalité avait fait connaître au Commissaire du Roi, que le seigneur de Toury, au mépris de la loi concernant l'abolition de plusieurs droits seigneuriaux, notamment ceux de justice seigneuriale, n'avait pas fait retirer une tribune lui appartenant, bâtie dans la nef au-dessus de la principale porte de l'église.

Le contravention à la loi ainsi constatée, le tribunal autorise la municipalité à faire retirer de l'église, à ses frais, la tribune, et à en conserver les matériaux.

Nous étions loin des grandes causes qu'il fallait défendre en cette période révolutionnaire; ce qui est indéniable, c'est qu'un habitant de Nargis s'élevait contre cette image vivante de l'Ancien Régime. Il apportait sa pierre à l'édifice révolutionnaire à Nargis, modestement, mais efficacement avec les moyens dont il disposait, si simples soient-ils.


Il s'opposa, nous dit Charron, à la nomination du seigneur de Toury à la tête de la garde nationale de Nargis. Rien n'y fit et le 4 juillet 1790, à neuf heures du matin, l'assemblée de Nargis est convoquée par son maire.

L'assemblée nomme et élit Monsieur de Portelance, colonel général de " la guarde nationale dudit Nargis, Jean Etienne Monnay, commandant, Jean-Pierre Huguenin major, Despommier capitaine, Nicolas Oudin porte-enseigne et Debourgez lieutenant".
Les élus acceptent la nouvelle charge, prêtent le serment civique, et promettent assistance à l'assemblée élue.

Quelques mois plus tard, le seigneur de Toury, eu égard à sa santé et à ses affaires, prie ces Messieurs de la municipalité d'insérer dans leur registre ce qui suit.
" Mes infirmités, ma mauvaise vue, mon âge et mes affaires ne me permettent pas de remplir comme je le désirerais les fonctions de colonel de la Milice Nationale de Nargis.
Je prie Messieurs de la municipalité d'insérer sur leurs registres de la mission que j'en donne par ces présentes, et conformément à l'article premier de la délibération du 18 juillet 1790 et à ma promesse, de faire présent du drapeau à la municipalité du moment que je donnerai ma démission.
Je déclare qu'aussitôt que copie en bonne forme de ma présente démission m'aura été délivrée, je remettrai sur son registre à Monsieur le Maire actuel le dit drapeau, pour qu'il reste toujours en dépôt chez le maire de la municipalité de la paroisse de Nargis.
Fait au château
( rayé dans le texte ) en la maison de Toury le vingt-huit janvier mil sept cent quatre vingt onze ".

Le trente janvier, le maire et les officiers municipaux tenant assemblée .... au banc d'oeuvre de l'église, acceptent la démission du sieur de Portelance, " afin qu'il ne vive point dans les fatigues de son office " , le remercient tant de son action " que des secours rendus à la commune ". Ils lui accordent le récépissé sollicité, en " espérant qu'il rendra toujours principalement aux pauvres indigents " ces mêmes secours.

Cela n'empêchera pas la municipalité de Nargis, d'assigner comme nous venons de le voir, son bienfaiteur devant le tribunal du district de Montargis. Il est vrai que la loi avait prescrit la destruction de toutes les signes rappelant l'ancien temps, et qu'en cette période troublée les maires avaient tout intérêt à suivre scrupuleusement les directives parisiennes.

Le sieur de Portelance quittait définitivement l'avant-scène de la paroisse. Nous le retrouverons guère qu'un an plus tard, le 24 février 1793, lorsqu'il demandera pour lui et sa famille un certificat de résidence.

 

Nargis vers 1900 . Le café auberge Desruet. On y buvait, se restaurait, couchait.
Il y avait salle de bal, remise à carioles et écurie.
Pas le moindre signe de trouble ou de désordre dans cette scène; que du bien vivre.

 


(1) Archives municipales de Montargis. Inventaire Stein. Référence S3. Microfilm 1 Mi 971-975. C'est là, le seul document sur Nargis.