En même temps que M. de Rigaud accédait au poste de gouverneur, la place de major était accordée à un militaire encore jeune, mais plein de mérites et de blessures, Nicolas-Antoine Coulon de Villiers, frère de Jumonville. En même temps que sa nomination, Coulon de Villiers reçut la Croix de Saint-Louis. Son arrivée fournit aux Trifluviens l’occasion d’assister, le 23 octobre 1749, à un brillant mariage : celui de sa sœur Angélique avec Charles de Gannes de Falaise.

Coulon de Villiers mourut l’année suivante à Montréal des suites de ses blessures de guerre, et fut remplacé comme major des Trois-Rivières par Nicolas-Joseph Fleurimont de Noyelles, âgé, infirme, mais plein de gloire et de mérites, et qui, lui aussi, venait d’être créé chevalier de Saint-Louis.

En 1750 Georges de Gannes arrive avec le titre d’aide major. Humble officier de carrière, grand blessé de guerre lui aussi, depuis dix-huit ans qu’il était en Canada, il n’avait eu le temps ni de se marier, ni de s’enrichir, ni de se hisser aux hauts postes. N’ayant pas, apparemment, le goût de l’intrigue, il avait au surplus presque toujours guerroyé en régions éloignées, contre les tribus indiennes et les Anglais.

Ce Georges de Gannes avait ses origines en Touraine. Il avait vu le jour le 10 mai 1705, à Dolus, à trois lieues de Loches. Son père était Georges de Gannes, écuyer, capitaine réformé, seigneur de Montdidier en Poitou, et de la seconde femme de ce dernier, Catherine Durand, fille d’un maître chirurgien de cette même paroisse de Dolus.

Quoique les de Gannes soient disparus après la cession et qu’il n’en reste plus au Canada de descendants du côté masculin, ils ont occupé pendant près de trois quarts de siècle une place trop importante et dans l’histoire militaire et dans l’histoire religieuse canadienne pour ne pas mériter qu’on s’y arrête. Monseigneur Têtu, dans son Histoire du Chapitre de Québec écrivait : « cette famille est remarquable, et j’espère que quelqu’un se chargera d’écrire son histoire ».

Beaucoup d’auteurs et de chercheurs se sont voués à la réalisation de ce pieux espoir, et c’est l’ensemble de ces recherches que je vais essayer ici, de rapporter.