"Je pensais suivre la piste que vous voyez et m'arrêter dans tous les villages signalés".
"Mais, mon pauvre ami, tous ces points ne sont pas des villages... simplement des puits".
"Le principal, pour moi, était le problème de l'eau et si vous me dites que tous ces points bleus sont des puits... j'étais sauvé ! "


Il ignorait tout simplement que, sur le plateau du Tademaït, les puits ont au moins 90 mètres de profondeur et sont construits en pierre. Les nomades descendent au fond du puits "en cheminée" ou bien avec une corde, pour en extraire le sable avant de pouvoir y puiser de l'eau.
Il n'avait aucune corde et aucune expérience de la varappe... et serait mort de soif au bord du premier puits, s'il avait pu y arriver.
Mais, ayant quitté El-Goléa de nuit, pour déjouer la surveillance, nanti d'une musette contenant deux litres d'eau et quelques vivres, il avait marché pendant toute la matinée, puis toute la journée, pour s'écrouler à 10 kilomètres du premier puits "Hassi Marroket". Il avait donc fait 40 kilomètres, épuisé sa réserve d'eau, puis s'était couché au bord de la piste, fatigué, découragé et, surtout, déshydraté. Le soleil avait fait le reste !
Notre chauffeur ayant, fort heureusement, "mangé la consigne", l'avait aperçu ! Mais il est certain que, de nuit, dans la seule lueur des phares, il serait passé sans le remarquer et, un jour, nous aurions retrouvé ses ossements, à côté d'une musette vide, contenant seulement une carte et deux bouteilles vides.
Inutile de préciser que, dès sa remise sur pieds, nous l'avons embarqué de force dans un camion qui remontait sur Ghardaïa et Alger. Tous les postes militaires sur le chemin du retour avaient été avertis par radio de son passage et devaient veiller à ce qu'il arrive bien à Alger.


Tous les voyageurs, cependant, n'étaient pas aussi inconscients et je me souviendrai longtemps de mes "Hollandais".
Par une belle fin de journée d'octobre, je vis arriver à l'hôpital une belle Américaine... une voiture s'entend... Mercury, je crois. Un homme et une jeune femme en descendent, soutenant un troisième passager qui, lui, semblait plutôt mal en point : une large plaie baillait sous son menton, la jambe gauche lacérée, tuméfiée sortait d'une jambe de pantalon arrachée. Tout ceci résultait d'un accident sur la piste.

L'accident

 

Il conduisait le second véhicule du convoi, un camion Dodge qui s'était retourné dans un virage envahi par une dune de sable.
Je soigne mon blessé et le camion arrive avec un quatrième voyageur. Le camion semble avoir reçu une énorme gifle et le pare-brise ne plus faire partie de l'habitacle. Mais ceci n'est rien. Il faut bien héberger quelque part tout ce monde. L'hôpital est plein et l'hôtel pas encore ouvert... et n'étant pas en visite officielle, il n'est pas question de les loger au Dar Diaf de l'Annexe.
Les quatre voyageurs demandent simplement s'il y a un terrain de camping. A El-goléa ! ? Je leur offre mon jardin, étant entendu que le blessé serait plus confortablement installé chez moi, dans un lit. Les convaincre ne fut pas une petite affaire, mais tout finit par s'arranger.
 

Le camion accidenté